De la providence et de la résignation
- Le 19/08/2012
A la volonté de Dieu...
Je vous recommande, mes amis, de faire une attention singulière soit au bon, soit au mauvais succès que le Seigneur vous envoie pour vous consoler ou pour vous éprouver dans la vallée des larmes.
Cette attention vous facilitera la connaissance des vues que la Providence a sur vous. Convaincu par votre propre expérience que l'être souverainement bon dispose de tous les événements pour votre plus grand bien, vous serez dans un temps comme dans un autre également soumis et résigné à son adorable volonté.
Quand donc vous serez affligé, pensez que Dieu vous traite comme il a traité ses plus fidèles serviteurs. Considérez ce qu'ils ont fait pour tirer avantage des peines et des privations de la vie. Apprenez d'eux à porter votre croix.
Soyez persuadé que si vous imitez leur patience, vous posséderez, comme eux, votre âme. Cette possession vaut infiniment mieux que celle des honneurs, des trésors et des plaisirs de ce nouveau siècle. Si vos entreprises réussissent, si vous jouissez de la santé, si l'on rend justice à la droiture de vos intentions, si vos travaux sont récompensés ; après en avoir rendu grâces au Seigneur, considérez ce qui peut l'engager à vous traiter avec tant de complaisance ; vous trouverez toujours que ce n'est aucun mérite qui soit en vous, mais sa bonté toute gratuite et sa pure miséricorde.
Ne vivez point à l'aventure comme les enfants d'aujourd'hui. Ils passent leurs jours sans retour ni sur eux-mêmes, ni sur celui qui les a faits. Ils jugent de tout par les sens ; leur imagination ne voit qu'eux dans tout ce qui leur arrive. Leurs idées ne s'élèvent point au-dessus de ce qu'ils appellent les fruits de l'industrie ou les faveurs de la fortune.
Pour vous, mes amis, réglez et mettez à profit tous vos instants, n'en laissez échapper aucun sans faire des efforts pour acquérir quelque vertu nouvelle ; ne jugez de rien selon les maximes du monde, et que l'Evangile soit la règle de tous vos jugements.
N'appelez donc point des biens ni les richesses, ni les honneurs, ni les plaisirs d'ici-bas ; on ne peut légitimement donner ce nom à la source de mille maux ; ne décrirez point non plus les peines de la vie ; quiconque sait en profiter dans l'ordre et selon les vues de la sagesse éternelle, les fait servir à l'acquisition d'un bien inestimable.
L'indigence, les maladies, les contradictions sont des moyens dont la miséricorde divine se sert pour nous rappeler à nous-mêmes. Ces maux ne nous rendent la vie amère que pour nous en dégoûter, et nous porter à désirer plus ardemment les priviléges de l'immortalité glorieuse.
Mes amis, ne craignez point ces maux jusqu'à vous troubler à leur approche ; ne témoigner même aucun empressement pour les éviter quand ils nous gagnent, ni pour en être délivrés quand ils nous saisissent.
En vain prétendriez-vous fuir ce que la volonté de Dieu rend inévitable aux malheureux enfants d'Adam ; la faiblesse de votre sexe, la vicissitude des événements, la malice, l'ingratitude, l'insensibilité, l'ignorance, l'indiscrétion, doit vous engager à vous tenir en tout temps prêt à souffrir, et vous empêcher de craindre démesurément ce qui est en quelque sorte de l'essence de la condition mortelle.
Le feu de la fièvre peut tout à coup ruiner votre tempérament. L'inondation, l'incendie, l'intempérie de l'air, une excursion des ennemis, vous priver du nécessaire ; l'intérêt sordide d'un parent, le faux zèle d'un ami, vous susciter des affaires fâcheuses et déconcerter vos projets.
Chaque jour n'êtes-vous pas, pour ainsi dire, à la veille de voir arriver toutes ces choses ? N'est-il donc pas juste de vous y tenir toujours préparé ?
De quelque côté que vous vous tourniez, vous ne cesserez d'être misérable, à moins que vous ne vous jetiez dans le sein de Dieu. Là, vos peines les plus amères s'adouciront ; là, vos plus pesants fardeaux vous paraîtront légers. Si vous vous éloignez du sein de Dieu, les plaisirs les plus doux se convertiront pour vous en amertume ; au lieu des roses que vous cherchiez, vous trouverez les plus piquantes épines.
Ne perdez point courage, mes amis, nos jours sont mauvais, mais ils sont courts. Nous espérons qu'à des travaux momentanés succéderont les délices du repos éternel. Notre espérance est fondée sur les promesses d'un Dieu ; ne sont-elles pas plus que suffisantes pour nous engager à supporter patiemment les contradictions des hommes ?
Plus d'une fois l'occasion s'est présentée de faire à mes amis un reproche que vous devez vous épargner. Serez-vous, leur disais-je, toujours contraires à vous-mêmes ? Vous pensez bien, mais vous agissez mal. Souvent vous vous êtes récriés sur les soins merveilleux de la Providence, et vous m'avez rendu compte de sa conduite à votre égard dans les temps les plus fâcheux et les plus difficiles. Je vous surprends cependant presque chaque jour plongés dans la tristesse.
Votre accablement me fait pitié ; je vous demande : Qu'avez-vous ? Vous me répondez aussitôt que vous succombez sous le poids de vos malheurs, que rien ne vous réussit, que vous êtes sans crédit, sans ressource, sans consolation. Vous prenez je ne sais quel plaisir à vous entretenir de vos maux ; l'imagination vous les exagère ; vous l'écoutez, et vous ne prenez point garde qu'en vous livrant à ses illusions, vous sentez intérieurement mille peines que peut-être vous n'éprouveriez jamais si vous étiez moins ingénieux à vous tourmenter.
Pourquoi si souvent perdre de vue l'Être bienfaisant qui tient nos destinées entre ses mains, et qui disposera de tout ce qui vous regarde avec la plus exacte justice et la bonté la plus tendre ?
Pourquoi donner à la tristesse et à de vains gémissements des heures que vous devriez consacrer à la prière et à la joie spirituelle ? Ah ! mes amis, si vous continuez à être si sensibles à de petits maux, préparez-vous à en essuyer de bien terribles.
Si la patience vous échappe, si vous perdez courage, si la confiance vous manque, si vous ne vous résignez point à la volonté suprême, viendra le temps que vous ne serez pas moins insupportables aux autres que vous l'êtes à vous-mêmes. Indigné de l'oubli de ses bontés, Dieu ne vous les fera plus sentir ; vous vous défiez de lui, il s'éloignera de vous ; dites-moi, que deviendrez-vous alors ?
Je vous avoue, mes amis, que je tremble en pensant au malheur de ceux auxquels les traverses de la vie font insensiblement perdre la confiance qu'ils avaient en la Providence. Je ne connais point de danger plus grand que celui qui menace l'homme qui se lasse de se reposer sur le bras du Tout-Puissant, et commence à s'appuyer sur un bras de chair.
Mes amis, prions Dieu qu'il détourne de vous ce malheur ; ne doutons jamais que celui à qui la toute-puissance appartenait hier ne la possède encore aujourd'hui ; nous donnerions dans le plus déplorable égarement si nous allions nous persuader qu'il n'est pas impossible que de nous-mêmes ou bien avec le secours de quelque puissance de ce siècle, nous ne parvenions, je ne dis pas à nous assurer le bonheur, mais seulement à rendre notre condition moins mauvaise.
Je vous le répète, mes amis, préparez-vous à souffrir ; mais soyez persuadé que, comme vous ne trouveriez que de l'amertume dans les joies du moment, recherchées contre l'ordre de la Providence, de même aussi ne trouverez-vous que de l'onction et de la douceur dans les peines que vous embrasserez sous sa direction. Je voudrais vous voir dans un tel état que tout vous fût indifférent sur la terre, excepté ce qui peut vous avancer au service de Dieu.
Ce n'est pas que je souhaite trouver en vous une insensibilité entière, elle caractérise un stupide : j'ai toujours cru que ceux qui l'affectaient le faisaient moins par religion que par humeur.
Sentez les coups, j'y consens ; mais en même temps aimez et respectez la main qui vous les porte. Vous n'êtes point l'arbitre de votre sort, vous dépendez absolument d'une cause première qui fait agir les causes secondes ou pour ou contre nous, en la manière qu'il lui plaît.
Puis donc qu'il vous est impossible de rendre votre condition meilleure, soit par vous-même, soit par le moyen d'hommes semblables à vous, je désapprouve vos craintes, vos inquiétudes, vos empressements au sujet des choses que vous demandez et qui ne vous sont point accordées et qui semblent fuir loin de vous.
Ne soyez point paresseux ; mais aussi que votre diligence ne porte jamais ni trouble ni dérangement dans votre esprit ; soyez toujours en repos, même au fort du travail ; et, soit que vous conduisiez votre oeuvre à sa perfection, ou que chaque coup que vous donnerez pour l'achever semble le détruire, n'en soyez pas moins tranquille, le succès ne dépend point de vous.
Il dépend uniquement de celui qui guérit ou frappe, élève ou abaisse, abrége ou prolonge l'épreuve de notre patience, selon que son ineffable sagesse le juge à propos.
Prêtez volontiers l'oreille à quiconque vous dira :
PRENDS LA CROIX SI TU VEUX EMPORTER LA COURONNE.
Ne refusez ni le travail qui conduit au repos, ni le combat qui mène à la victoire ; ce n'est qu'en passant par le feu et par l'eau qu'on parvient au rafraîchissement.
Vous voulez persévérer dans l'exercice de la vertu, préparez-vous donc à être contredit dans le monde. Mais au milieu de ses contracdictions, souvenez-vous que vous servez un bon maître ; ne perdez jamais de vue la récompense qui vous attend... Les hommes possédés de l'esprit du monde ne cherchent que les consolations sensibles ; vous qui désirez avoir part aux communications de l'Esprit-Saint, craignez toutes les consolations qui ne sont pas purement spirituelles ; surtout n'oubliez point que les sages du christianisme nous recommandent expressément de ne souhaiter que très sobrement celles-là même qui le sont.
N'est-il pas juste que vous sentiez que vous êtes dans la terre d'exil, et que les faveurs réservées aux habitants de la sainte Sion ne soient point prodiguées à ceux qui sont encore captifs sur les bords du fleuve de Babylone ?
La grâce que vous devez demander avec le plus vif empressement, n'est pas celle d'être exempt de croix, mais celle de faire un saint usage de celles qui vous sont ou seront imposées.
Ce n'est point proprement souffrir que d'endurer quelques peines pour l'amour de Dieu, l'amour rend toutes les peines légères ; il les convertit même en plaisir.
Rien ne doit être plus cher à celui qui aime, que ce qui peut le rendre plus agréable à l'objet aimé. Rien de plus capable d'attirer les tendres regards du Père céleste qu'une parfaite résignation à sa volonté ; rien ne lui plaît tant qu'une âme qui, pour satisfaire à sa justice, accepte volontiers les peines et les traverses de la vie.
Si la résignation, la soumission, l'humilité ont le pouvoir de charmer l'Eternel, ne devez-vous pas faire tous vos efforts pour acquérir ces vertus ? ne devez-vous pas sans cesse remercier Dieu qui vous a mis dans l'heureuse nécessité de les exercer ?
Il est vrai que l'exercice en est pénible à l'homme encore dominé par l'amour-propre et séduit par l'attrait du plaisir. Mais l'amour divin l'emporte sur le funeste amour dont nous nous aimons, et l'attrait de la grâce sur celui qui fait illusion à nos sens.
Il ne faut donc qu'aimer Dieu pour être heureux, puisque l'amour triomphe des répugnances de la nature, et qu'il découvre une source de plaisir dans ce qui d'abord ne semble propre qu'à irriter la douleur.
Heureux donc ceux qui sont affligés, heureux ceux qui sont contredits, heureux ceux qui souffrent, heureux ceux qui pleurent ! Bien loin qu'ils soient à plaindre, leur sort sera digne d'envie tant qu'ils persévéreront dans l'amour du Créateur ; lui-même sera leur récompense ; dès aujourd'hui le plaisir qu'ils goûtent en le servant commence à le dédommager de tout ce qui leur manque.
Mes amis, donnons-nous à Dieu, afin qu'il se donne à nous ; abandonnons notre corps et notre âme aux dispositions de sa Providence ; reposons-nous sur elle, qu'elle fasse de nous ce qu'il lui plaira, n'aspirons qu'à nous conformer à ses intentions adorables.
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